De l’hypocrisie
10 mai 2008 posté par Arte Pro DeoL’hypocrisie, c’est la civilisation. Il s’agit ici de botter en touche une idĂ©e très dans l’air du temps qui est celle de croire qu’il faut tout se dire et tout dire, dans la plus grande franchise – « transparence » en jargon politiquement correct – en sonnant le glas des formes ridicules, des chichis bourgeois, de tout ce qui enrobe le fond des choses en en cachant « l’essentiel » (une des expressions favorites de nos grandes plumes qui sont Ă l’origine des prières universelles). Ainsi supprime-t-on au saint sacrifice de la messe tout le « surplus » que le gĂ©nie de nos ancĂŞtres avait ajoutĂ©s, imaginĂ©s, dans un profond amour du Christ, du Concile de Trente au missel latin de 1962. Et pourquoi ? Pour que l’on comprenne par la « sobriĂ©tĂ© » des formes, la « simplicitĂ© » des rites, la pauvretĂ© des ornements, que l’ « essentiel » est dans ce que l’on ressent, que l’on soit debout, allongĂ©, ou assis (ainsi supprime-t-on l’ancestral agenouillement qui Ă©tait pourtant la position de la prière par excellence adoptĂ©e dans toutes les civilisations – bien avant JĂ©sus-Christ d’ailleurs). Il en est de mĂŞme dans la vie urbaine : inutile de se lever quand un professeur rentre en classe, tutoiement gĂ©nĂ©ralisĂ© au bureau, et, bien entendu, levĂ©e des « tabous » en famille, en sociĂ©tĂ©, Ă l’école ou au bureau quand ceux-ci concernent des sujets aussi crus que la sexualitĂ© ou les secrets de famille. Ah vous ne voulez plus d’hypocrisie ? Et bien, supprimons la politesse ! Bizarrement, cette dernière semble – dans une certaine mesure – rĂ©sistĂ©e Ă l’abâtardissement gĂ©nĂ©ral des formes. J’avoue qu’il est bien des matins oĂą je me lève sans avoir envie de ne dire bonjour Ă personne, que, si j’avais pu les Ă©viter, nombreuses sont les mains que je n’aurais pas serrĂ©es, et les lèvres qui ne m’auraient pas embrassĂ©es ! Combien de familles l’hypocrisie a-t-elle maintenue unies ? Combien d’amitiĂ©s ont-elles Ă©tĂ© brisĂ©es par des mots insuffisamment enrobĂ©s ? Que se passe-t-il lorsque la diplomatie excĂ©dĂ©e n’use plus de ces brillantes et prudentes formules ? LĂ oĂą l’on a voulu moins d’hypocrisie, ce fut la brouille, l’amitiĂ© dĂ©chue et parfois la guerre ! Que dans Sa très grande MisĂ©ricorde, le Bon Dieu mette fin Ă la confusion des formes que l’intelligence qu’Il nous a donnĂ© a construis avec la civilisation avec l’hypocrisie. Qu’Il donne Ă notre siècle de comprendre qu’à trop vouloir combattre l’hypocrisie, il combat la civilisation.
