«Ceux qui laissent croire que, par une sorte d'abracadabra européen, tous nos problèmes seront résolus, se trompent et trompent les Français.» Jacques Chirak (en 1978, rassurez-vous...)

Militer

Étymologiquement le « militant », du latin « miles » (soldat) est un combattant qui impose, armes Ă  la main, ses idĂ©es. Que veut dire ĂȘtre un militant en ce dĂ©but de millĂ©naire? Assistons-nous Ă  l’Ă©mergence de nouvelles formes de militantisme du fait de techniques inexistantes jusque lĂ , en particulier l’Internet? Y a-t-il parallĂšlement des permanences dans le combat militant, dans ses enjeux et dans ses dangers? Les causes qui justifient l’engagement aujourd’hui diffĂšrent-elles des causes passĂ©es?

Le militantisme a sans conteste une permanence : il est dans la nature de l’homme d’exprimer et de dĂ©fendre ses idĂ©es. Il a aussi changĂ© car nous sommes dans une sociĂ©tĂ© ultra-relativiste oĂč chaque opinion prĂ©tend valoir toutes les autres et Ă  se titre obtient le droit de s’exprimer.

Ainsi l’acte de militer semble ĂȘtre un passage obligĂ© de la vie de chacun mais le corollaire est que c’est une mode, une passade, un hobby. Ainsi on est un militant pour le droit au logement, militant anti-fasciste, militant anti-spĂ©ciste, militant Ă©cologiste, militante fĂ©ministe, militant anti-OGM voire un militant nationaliste avant de devenir un bon bourgeois complaisant lorsque le travail, les enfants, et les paiements d’emprunt de la maison commencent Ă  nous accaparer.

Ce constat pessimiste et ne tenant pas compte des exceptions, notamment de certaines personnes qui sont interviewĂ©es dans ce dossier, mĂ©rite que l’on se demande en quoi le relativisme a un impact sur le militantisme. Ce dont souffre le militantisme, c’est qu’aujourd’hui toute opinion semble se valoir Ă  l’exception bien sĂ»r de tout ce qui est rangĂ©, Ă  tort le plus souvent, dans la catĂ©gorie « extrĂȘme droite ». Ainsi, si chaque idĂ©e ou personne qui l’exprime se vaut, la lĂąchetĂ© se compare au courage, l’honnĂȘtetĂ© est Ă©clipsĂ©e par la tricherie, le juste n’est pas plus reconnu que le mauvais. Chacun devient libre de ses choix et de mener sa vie comme bon lui semble, loin de toute rĂ©fĂ©rence morale, et interdit catĂ©goriquement Ă  ses pairs de le juger. La raison essentielle de cette dĂ©rive du militantisme, c’est la perte de son aspect charnel. Militer, c’est avant tout prendre un risque physique.

S’il y a un changement dans le militantisme, c’est bien que pour beaucoup, le choix de militer implique peu de sacrifices. Le militantisme dans une sociĂ©tĂ© relativiste consiste Ă  un choix de mode comparable Ă  un choix de vĂȘtement et ayant les mĂȘmes implications. Si je milite dans une association luttant contre la pauvretĂ©, on ne peut pas me retirer qu’il y a lĂ  dedans un choix altruiste mais aussi profondĂ©ment Ă©loignĂ© du sens premier du militantisme. À moins de donner sa chemise Ă  celui qui a froid, de sacrifier quelque chose qui nous est utile, l’implication sur ma vie est minime.

Cela m’amĂšne aux moyens de luttes. Le militant moderne est principalement virtuel. On milite Ă  la tĂ©lĂ© ou sur Internet. On milite sous un faux nom derriĂšre un Ă©cran en participant Ă  un forum de discussion. Si cette action est valable et permet de toucher des milliers de personnes instantanĂ©ment comme peut le faire un site d’information indĂ©pendant comme Novopress par exemple, il manque une dimension importante du militantisme qui est celle du risque. Lire un site n’est pas un acte de militantisme plein si l’on ne sacrifie rien. Les idĂ©es sont belles et sont des outils puissants mais on ne prĂȘche jamais mieux que par l’exemple. On existe vraiment que si l’on investit le rĂ©el et pour cela il faut souvent prendre des risques physiques. Sans militantisme de terrain, pas d’associations, pas de locaux, pas de moyen de rejoindre et de former les gĂ©nĂ©rations futures et surtout pas de test pour mesurer la valeur vĂ©ritable d’un engagement.

Pourtant, il faut le rappeler, il y a, et particuliĂšrement dans les milieux identitaires et nationalistes, des expĂ©riences qui tĂ©moignent non seulement de la permanence du militantisme, mais aussi de son utilitĂ© sociale. Lorsque l’on parle de courage physique ou professionnel, de sacrifices financiers, de vĂ©ritables soldats politiques, on trouve les plus beaux exemples parmi ces hommes et ces femmes. Loin d’ĂȘtre tous virtuels, certains donnent beaucoup de temps, d’argent, quelques contusions ou heures de garde Ă  vue. Et cela n’est jamais en vain, que cela soit pour passer le relais entre les gĂ©nĂ©rations ou pour faire Ă©merger un dĂ©bat dans la sociĂ©tĂ©, le militantisme reste nĂ©cessaire dans nos sociĂ©tĂ©s.

Source : ID Magazine

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