AVEZ VOUS OUBLIÉ…
Qu’en 1916, seul le gĂ©nĂ©ral PĂ©tain sut opposer Ă l’ennemi une rĂ©sistance victorieuse, qu’il fut l’homme de la victoire et mĂ©rita l’impĂ©rissable gloire d’ĂŞtre, avec ses soldats, le vainqueur de Verdun ?
Qu’en 1917, au moment des graves mutineries, seul le gĂ©nĂ©ral PĂ©tain sut, avec une autoritĂ© et une humanitĂ© profondes, restaurer la discipline, relever le moral et remettre l’armĂ©e sur le chemin de la victoire ?
Que ses conceptions novatrices assurèrent à nos soldats de vaincre ?
Que, chef des armĂ©es françaises, il dĂ©fila Ă leur tĂŞte le 14 juillet 1919, passe sous l’Arc de Triomphe dans un indescriptible enthousiasme ? Il avait bien mĂ©ritĂ© de la patrie.
AVEZ VOUS OUBLIÉ…
Que sa vie déjà si longue fut alors mot entièrement consacrée à servir ?
Que, créateur des chars, avec Estienne, en 1917, il conçut, proposa leur utilisation dans le combat moderne, ainsi que le développement de
l’aviation ?
Que, ministre de la guerre, il s’efforça d’augmenter les crĂ©dits de la dĂ©fense nationale, augmentation que combattirent les forces de gauche ?
Qu’en 1925 il dĂ©fit Abd-el-Krim et sauva le Maroc ?
FRANÇAIS, VOUS AVEZ LA MÉMOIRE COURTE
AVEZ VOUS OUBLIÉ…
Qu’en 1939 le gouvernement de Front populaire supplia Philippe PĂ©tain, dont LĂ©on Blum affirmait qu’il Ă©tait ” le plus humain de nos chefs ” de reprĂ©senter la France en Espagne et d’empĂŞcher que Franco ne créât un troisième front sur les PyrĂ©nĂ©es ? Miracle, l’Espagne renonça Ă faire la guerre Ă la France. Philippe PĂ©tain, ambassadeur, avait vu Franco.
FRANÇAIS, VOUS AVEZ LA MÉMOIRE COURTE
SI VOUS AVEZ OUBLIÉ…
Qu’en 1940 les pouvoirs civil et militaire avaient conduit la France au dĂ©sastre. Les responsables le supplièrent de venir Ă son secours. Par l’appel du 17 juin 1940, il obtint l’armistice, empĂŞcha l’ennemi de camper sur las bords la MĂ©diterranĂ©e. Ce qui sauva les AlliĂ©s. Le pouvoir lui fut donnĂ© lĂ©galement par les AssemblĂ©es parlementaires, oĂą le Front populaire Ă©tait majoritaire. Les Français, reconnaissants, le tinrent, Ă juste titre pour leur sauveur. Il y eut “quarante millions de pĂ©tainistes” (1). Combien ne s’en souviennent plus et combien l’ont reniĂ© ?
Qu’au milieu de difficultĂ©s qu’aucun chef de la France n’avait connues, des atrocitĂ©s, des persĂ©cutions nazies, il les protĂ©gea contre la toute puissance allemande et sa barbarie, veillant aussi au salut de deux millions de prisonniers de guerre.
Qu’il assura le pain de chaque jour, rĂ©tablit la justice sociale, dĂ©fendit l’Ă©cole libre, sauvegarda une Ă©conomie mise au pillage.
Que par sa politique suprĂŞmement habile, il alla le mĂŞme jour Ă Montoire et Ă Londres, par un reprĂ©sentant personnel, permettant Ă la France vaincue de maintenir sa position entre les exigences contradictoires des Allemands et des AlliĂ©s et, par ses accords secrets avec l’AmĂ©rique, de prĂ©parer et de contribuer Ă la libĂ©ration de la France, pour laquelle il avait formĂ© l’armĂ©e d’Afrique.
Qu ‘il conserva Ă la France la presque totalitĂ© de ce qu’on osait appeler encore son Empire.
Que Hitler et Ribbentrop lui reprochèrent se résistance, le menacèrent, et que, le 20 août 1944 las troupes allemandes le déportèrent en Allemagne.
FRANÇAIS, VOUS AVEZ LA MÉMOIRE COURTE
SI VOUS AVEZ OUBLIÉ…
Que pendant qu’il Ă©tait captif de l’ennemi, Philippe PĂ©tain fut poursuivi sur l’ordre de Charles de Gaulle pour avoir trahi la patrie, alors qu’il avait tout fait pour la sauver.
SI VOUS AVEZ OUBLIÉ…
Que, s’Ă©vadant d’Allemagne, il revint en France, quel que fĂ»t le danger personnel qu’il y pouvait courir, pour rĂ©pondre Ă cette monstrueuse accusation et essayer d’assurer, par sa prĂ©sence, la sauvegarde de ceux qui lui avaient obĂ©i.
FRANÇAIS, VOUS AVEZ LA MÉMOIRE COURTE
SI VOUS AVEZ OUBLIÉ…
Que l’accusation utilisa, avec les plus hautes complicitĂ©s, un faux, comme dans l’affaire Dreyfus, pour obtenir sa condamnation; qu’Ă quatre vingt dix ans il fut, Ă la hâte, condamnĂ© Ă mort.
SAVEZ VOUS
Que, consultĂ©e par diffĂ©rents sondages, l’opinion française se montra hostile Ă cette condamnation 7 Que, en 1984 encore, il y eut jusqu’Ă 61 % d’opinions hostiles Ă cette condamnation ?
Est ce cela, la démocratie ?
FRANÇAIS, VOUS AVEZ LA MÉMOIRE COURTE
SI VOUS AVEZ OUBLIÉ…
L’agonie du vieux chef dans sa dure prison de l’Ă®le d’Yeu oĂą il mourut Ă quatre vingt seize ans.
Que, malgré de nombreuses demandes et de nombreuses preuves de son innocence, justice ne lui fut jamais rendue.
Que sa tombe est toujours en exil, Ă l’Ă®le dYeu, loin de ce champ de bataille oĂą il s’Ă©tait illustrĂ© Ă jamais.
*
* *
Demain, le PrĂ©sident de la RĂ©publique française et le Chancelier d’Allemagne scelleront la rĂ©conciliation franco allemande en se rendant Ă Verdun.
FRANÇAIS, SI VOUS N’AVEZ PAS LA MÉMOIRE COURTE,
Ne pensez vous pas qu’en ce lieu et qu’en ce jour l’ombre du MarĂ©chal planera sur cette rencontre ?
Ne pensez vous pas qu’après les temps de guerre Ă©trangère et ceux die guerre civile que la France a connus il serait contraire Ă toutes les lois de l’humanitĂ© et de la justice que les Français ne se retrouvent pas enfin auprès de ce tombeau qu’il avait souhaitĂ© et qui l’attend encore ?…
Comme l’a dit le PrĂ©sident de la RĂ©publique le 23 juin, ” les rĂ©conciliations d’aujourd’hui dominent les vieilles ruptures “.
Paru dans Le Monde il y a une vingtaine d’annĂ©es.